Dans les coulisses de l’archéologie et l’égyptologie – 2ème partie

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… Mais cela est aussi vrai avec l’Etat français. La philosophie des Lumières est celle qui est prépondérante dans la recherche française, et le scientisme qui en découle interdit aux chercheurs de s’éloigner des modes de pensée homologués  « certifiés conformes par la République ».

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Sortez des sentiers battus et vous vous retrouverez privés des fonds nécessaires à la poursuite de vos recherches. Si vous ne rentrez pas dans les cases prévues, vous êtes mis à l’index. Et cela est vrai dans toutes les disciplines, pas seulement en archéologie. Vous devez être « conforme ». C’est extrêmement frustrant et décourageant, car on se rend compte que, quand bien même nous aurions fait une découverte révolutionnaire, si celle-ci ne rentre pas dans les cases des théories dominantes, elle sera tout simplement écartée au profit de découvertes plus rassurantes.

Et quelles sont les réactions en internes ? Quels sont les niveaux de frustration ambiante ?

L’exemple le plus probant est celui d’une de mes connaissances, en études d’archéologie au début des années 2010, qui avait soulevé la possibilité d’une civilisation plus ancienne que celles communément admises. On a tout de suite mis un terme à ses interrogations. Il n’était pas question d’en parler. Cette jeune femme extrêmement brillante a préféré abandonner l’épineux domaine de l’archéologie pour se tourner vers des études d’histoire de l’art plus récente et moins sujettes à controverses.

Il est encore interdit d’évoquer certains sujets, sous peine d’excommunication. On se croirait parfois aux pires périodes de l’Inquisition. Une simple phrase, même argumentée, fait sortir les villageois de leurs chaumières, armés de torches et de fourches. Ils auront vite fait de lâcher les chiens…

Les universités étaient autrefois des lieux de subversion, qui secouaient la morale bourgeoise et prétendaient la mettre à bas. Elles sont aujourd’hui, du fait de l’uniformisation mondiale des sociétés humaines, des sortes de musées de la pensée. Le conservatisme prime sur la subversion. La « bien-pensance » a pris le pas sur l’innovation intellectuelle. L’Université est devenue un lieu de certitudes où tout ce qui lui arrive de nouveau doit loger dans les cases qu’elle a préétablies. Les « bourgeois » ont investi la place.

Est-ce que cela veut dire que la légitimité des chercheurs « renommés » est elle aussi à remettre en cause ?

Les chercheurs les plus en vue, encensés par les médias, sont les évêques, les cardinaux de cette Institution de la pensée unique. Ceux qui sont considérés comme les meilleurs étudiants aujourd’hui sont ceux qui sont le plus capables de reproduire la façon de faire de leurs maîtres et d’appliquer ce qu’ils leur ont enseigné. Alors que même si nous reconnaissons la grande valeur de certains de nos maîtres, la tâche qui nous incombe est de nous jucher sur ces épaules de géants afin de grimper plus haut, même si cela peut impliquer de dépoussiérer ce que nous pensions être acquis une fois pour toutes.

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Pardonnez notre question un peu brute, mais l’archéologie  n’est alors qu’une fumisterie et aucuns travaux de recherches ne servent vraiment à avancer ?

Nous sommes en présence d’hommes et de femmes qui ont bâti leur carrière sur une théorie et dont la majorité, faute de courage ou d’honnêteté intellectuelle, refusera d’envisager l’infime et rikiki possibilité qu’on ait pu se tromper ; ne fusse qu’en partie. Galilée n’aurait qu’à bien se tenir s’il s’aventurait dans notre époque !En lieu et place d’argumentation construite, celui qui osera énoncer une nouvelle théorie se verra ridiculisé, traité de noms d’oiseaux pour finalement entendre la lourde porte  de l’Université se refermer sur lui dans un « c’est totalement exclu » péremptoire et définitif. Quand il ne se verra tout simplement pas taxé de fasciste, de révisionniste, de créationniste, de partisan de Satan ou, insulte suprême bien pratique pour éviter la discussion, de complotiste. Le point de Godwin sera atteint bien avant qu’il ait pu exposer ses idées sulfureuses au regard de la doxa scientifique et la porte lui restera désormais fermée.

Nous sommes effectivement à l’opposé totale de ce qui est fait dans la recherche scientifique et l’innovation. Et cela laisse-t-il quand même une chance aux plus passionnés d’évoluer hors des sentiers battus ?

Le chercheur indépendant, l’hérétique, pourra désormais travailler hors de toute idéologie, s’attachant à établir une théorie à la lumière des faits qu’il aura récoltés et non à faire entrer coûte que coûte des faits récalcitrants dans une théorie estampillée conforme à la pensée dominante. Certes, il perdra le confort mental que procure le sentiment d’appartenir à une communauté dont les membres pensent tous dans la même direction, mais il y gagnera la certitude de pouvoir envisager l’inouï sans être à tout moment sommé de rentrer dans le rang.